Votations du 13 juin – Voici les quatre visages du «non» à la loi sur le CO₂

Le projet censé réduire les émissions de gaz à effet de serre est attaqué sur sa droite et un peu sur sa gauche. Le point sur les forces en présence.

Le 12 janvier, plus de 100’000 signatures étaient déposées contre la loi CO₂ par le comité économique. Au premier plan, Ueli Bamert, directeur de Swissoil, l’association nationale des négociants en combustibles.

La révision de la loi sur le CO₂ jouera son avenir le 13 juin. Fruit de trois ans de travail, le texte introduit une série de mesures visant à réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, avec comme objectif une neutralité carbone d’ici à 2050. En parallèle, elle prévoit la création d’un fonds pour le climat et une taxe sur les billets d’avion. Mais elle ne fait l’unanimité ni à droite, ni à gauche.

Ce mardi à Berne, un comité économique a lancé sa campagne contre ce texte, jugé coûteux, inefficace et antisocial. Ce sont ces milieux qui ont réussi à récolter 117’000 signatures, soit deux fois plus que nécessaires. Mais le référendum a aussi été lancé par des milieux de gauche, qui ont recueilli 7000 paraphes. La Grève du climat et certains partis de la gauche alternative dénoncent une loi qui ne va pas assez loin.

1. Le Centre patronal
Patrick Eperon, délégué communication et campagnes politiques au Centre patronal.

Si EconomieSuisse soutient la loi et l’USAM laisse la liberté de vote, d’autres faîtières – comme le lobby pétrolier – ferraillent contre le texte. Côté romand, les adversaires les plus farouches se trouvent du côté du Centre patronal. «Cette loi est ratée, dénonce Patrick Eperon. Je m’étonne même que nos autorités osent la présenter. Son rapport coûts-avantages est désastreux. Alors que les PME souffrent de la crise, on va les surcharger de taxes sur le mazout ou les carburants. Pour obtenir quoi? Une réduction d’un demi-millième des gaz à effet de serre d’ici à 2030 au niveau mondial. L’impact sur le climat, on ne le verra pas; par contre, on verra celui sur le porte-monnaie.»

«L’impact sur le climat, on ne le verra pas; par contre, on verra celui sur le porte-monnaie.»

«Et il en faut du culot pour dire que la majorité de la population sera gagnante avec cette loi: c’est de l’économie «à la Madoff». Évidemment que les gens devront payer, et cher, car ce projet est antisocial. Enfin, je viens de voir l’ordonnance d’application. S’il faut 170 pages pour expliquer comment marche ce projet, alors on est bel et bien face à une usine à gaz.»

2. L’UDC
Pierre-André Page, conseiller national (UDC/FR).

Sous la Coupole, la loi a été soutenue par tous les partis, hormis l’UDC, qui la juge trop radicale. Pas étonnant que le parti de Christoph Blocher se trouve en première ligne dans le camp des opposants. «Avec ce projet, on se tire une balle dans le pied, estime Pierre-André Page (UDC/FR). En imposant aux entreprises de nouvelles taxes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, on va les fragiliser vis-à-vis de la concurrence étrangère, qui n’aura pas à subir ces nouvelles contraintes. Et comme le CO2 ne s’arrête pas aux frontières, ces effets pénalisants pour notre économie ne seront même pas bénéfiques pour le climat. Cette loi est également discriminatoire. Ceux qui ont les moyens ne sentiront pas vraiment les hausses de coûts, que ce soit en termes de chauffage ou de mobilité.»

«Avec cette loi, on risque une fracture entre les villes et les campagnes.»

«On risque aussi une fracture entre les villes et les campagnes. Il est facile pour les habitants des zones urbaines de se déplacer en transports publics pour réduire son empreinte carbone. Par contre, la population des campagnes qui a besoin d’une ou deux voitures pour se déplacer sera durement frappée par l’augmentation du prix des carburants.»

3. Les jeunes PLR
Thomas Juch, membre du comité des Jeunes PLR.

Plusieurs sections des Jeunes PLR se sont également engagées contre le texte, notamment celles de Genève, du Jura et de Fribourg, défiant ainsi le PLR Suisse, artisan du compromis. «Cette loi est profondément injuste, estime Thomas Juch, coordinateur de la campagne des Jeunes PLR contre le texte. Prenez la taxe sur les billets d’avion. Pour l’éviter, il suffira d’aller prendre son vol à Lyon ou de faire escale à Paris. Le texte prévoit aussi toutes une panoplie d’exceptions pour éviter de devoir payer, si on pense à l’agriculture ou à certaines grosses entreprises. Finalement, ce seront les petites gens qui n’ont pas ces privilèges qui paieront la réforme.»

«Pour éviter la taxe sur les billets d’avion, il suffira d’aller prendre son vol à Lyon ou de faire escale à Paris.»

«De plus, si on décide de créer des taxes incitatives, alors elles devraient intégralement revenir à la population. Et pas alimenter un fonds sur le climat, dont on ne sait pas exactement à qui il profitera.» Dans un communiqué, les Jeunes PLR Suisse mettent aussi en avant les atteintes à la liberté. «On tente d’imposer de nouveaux comportements à la population par le biais d’interdictions et d’exigences paternalistes.»

4. La Grève du climat
Franziska Meinherz, membre de SolidaritéS et la Grève du climat Vaud.

La loi est également attaquée par certains grévistes du climat, notamment par les sections romandes. Et pour ces adversaires de gauche, ce n’est pas étonnant. «Cette loi s’inscrit dans la continuité des politiques actuelles qui ratent chaque année leur objectif de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, justifie Franziska Meinherz, de la Grève du climat Vaud. Or, l’urgence est d’atteindre la neutralité carbone en 2030 déjà.»

«Une partie des droits d’émission sera vendue aux enchères, ce qui permettra aux riches entreprises d’acheter le droit de polluer.»

«L’autre défaut de ce texte est de ne pas respecter la justice climatique. Une partie des droits d’émission sera vendue aux enchères, ce qui permettra aux riches entreprises d’acheter le droit de polluer. Il n’y a aucune contrainte pour les gros émetteurs comme la finance qui doivent se contenter de faire des rapports. Concernant le trafic, responsable du tiers de nos émissions, la loi continue de miser sur le transport individuel. C’est une erreur. Si on ne fait que remplacer les voitures à essence par des véhicules électriques, il faudra importer du courant, et notamment des énergies sales venues d’Allemagne.»

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